Idées : Un hackathon pour l’ornithorynque 2.0 !

Le Deuxième labo est comme l’otnithorynque : un espace intellectuel (d)étonnant et plein de surprises. Ses co-fondateurs, Elifsu Sabuncu et Antoine Blanchard, sont des représentants de ce que l’interdisciplinarité en sciences et les approches innovantes dans la diffusion de l’inépuisable connaissance scientifique peuvent produire : beaucoup de projets au carrefour des sciences de la vie, de l’univers et l’art avec une pointe de sel de science citoyenne. Nous sommes heureux de les compter parmi nous lors de NightScience !

L’extension du domaine de la recherche, c’est aussi tirer parti de formats créatifs tels que les hackathons pour inventer de nouvelles façons de mêler la recherche et l’enseignement en sciences.

ornithoryque pourquoi

Le hackathon Nightscience au CRI

Deuxième labo va participer à la journée d’étude Nightscience qui aura lieu le 12 juillet prochain, et enchainera avec les deux jours de hackathon organisés le week-end des 13 et 14 juillet. Un hackathon sur l’open education, qui devrait réunir des enseignants, chercheurs, designers, développeurs, artistes… et des professionnels comme nous qui marions un peu tous ces métiers.

D’où la question qui s’est tout de suite posée : quel sujet d’atelier peut-on proposer, pour co-créer une nouvelle façon d’allier l’enseignement et la recherche au XXIe sicèle ?

Nous avons alors repensé à notre jeu de rôle sur l’ornithorynque, créé en 2009 pour le festival Paris-Montagne et jamais réutilisé depuis. Cette animation de médiation scientifique représente très bien les valeurs de Deuxième labo et fut une expérience constitutive pour nous. Il nous semble parfaitement adapté à ce hackathon, voici pourquoi.

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Où nous en sommes : l’ornithorynque 1.0

Avec ce jeu de rôle appelé “Les (r)évolutions de l’ornithorynque”, notre idée en 2009 était de faire revivre aux enfants les débats houleux qui ont entouré l’histoire de cet animal énigmatique. Aussi bien son histoire évolutive, au sens darwinien, que son histoire sociale, au sens de l’histoire des sciences.

Car ce sympathique petit animal a posé problème aux Européens qui l’ont découvert en 1798, peu après leur arrivée en Australie, parce qu’ils n’ont pas su où le classer, et que classer les êtres vivants, c’est la base du naturalisme. La bestiole nage, possède une fourrure, un bec de canard, une queue de castor, des pattes de loutre, et pond des œufs mais allaite ses petits (1) !! À tel point que certains scientifiques ont cru à une plaisanterie. Pourtant, l’ornithorynque s’intégrait très bien à la vision du monde des Aborigènes qui le cotoyaient depuis toujours.

Essayer de comprendre la fabuleuse histoire de l’ornithorynque, c’est sortir des clichés sur la science-qui-sait-tout, c’est comprendre comment se fait la recherche, comment la connaissance est construite par débats et négociations, la nature de la preuve scientifique, l’orthodoxie et l’autorité établie, le rôle des personnalités en science, le lent renversement des vieilles traditions, les rivalités entre pays, les préjugés et priorités, le rôle du séquençage moléculaire dans les classifications contemporaines, ce qu’il faut pour être considéré comme un mammifère, la préservation de la biodiverdité et les extinctions d’espèces. Eh oui, tout ça !

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Quelques propositions pour évoluer vers l’ornithorynque 2.0

Le jeu n’en est qu’à un état de prototype. Il n’existe qu’un exemplaire artisanal (obtenu avec nos petites mains, des ciseaux et de la colle) des cartes décrivant les personnages et les situations à incarner par les 3 équipes dans les 2 tours de jeu. Nous nous sommes rendus compte que si l’oral parvient à embarquer dans ce jeu de rôle des enfants dès 5-6 ans (par exemple, en leur racontant les points de vue de chaque protagoniste), le texte que nous avons rédigé pour les cartes n’est pas exploitable avant le collège, voire 12-13 ans. On aimerait pousser plus loin l’intégration de cet atelier dans le cursus scolaire, en fonction des programmes, du temps dont disposent les enseignants et du nombre d’enfants par classe.

Enfin, il faudrait réfléchir à un site compagnon du jeu, où l’on aurait accès à des ressources (films, documents…) concernant l’animal et les chercheurs impliqués dans sa classification et son étude. De plus, le génome de l’ornithorynque a été entièrement séquencé en 2008 et a fait la couverture de la revue Nature, mais cela n’a pas suffi à permettre le consensus sur sa classification : on pourrait proposer une plateforme d’alignement de séquence selon différents algorithmes, et cela constituerait un bon exercice tout à fait raccord avec la recherche en cours sur le sujet.

Car finalement, la biologie, ce sont des histoires naturelles mais aussi une histoire culturelle, et l’enseignement de la biologie pourrait tirer le plus grand profit à s’inspirer plus des histoires passionnantes que nous offre la recherche scientifique !

(1) En fait, il y a un petit anachronisme ici, que nous nous sommes permis pour raccourcir le texte, tous ces éléments n’étant pas connus d’emblée, mais étant venus peu à peu s’ajouter, comme toujours dans la recherche. Les savants ayant pensé à un canular ne savaient même pas que cet animal pondait des œufs, par exemple.

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